L’Ardèche Run abandonne le t-shirt cadeau et baisse le prix du dossard

Ca fait un moment qu’on cogite sur le sujet dans notre petite équipe organisatrice.
Quand on a créé la course en 2017, on s’était déjà demandé comment éviter qu’un nouveau t-shirt de course vienne épaissir la pile textile inutilisée que chaque coureur possède dans un coin de son placard. Tu sais, cette trentaine de t-shirts jaune, vert et orange fluo où le nom d’un trail ou d’un marathon figure vaguement au milieu d’une demi-douzaine de logos, et dont tu te dis qu’un jour, pour faire de la peinture ou du jardinage, ça servira peut-être…
Alors on avait décidé de faire un joli t-shirt en coton*, stylé et sans logo. Bref, un t-shirt qui se porte, et qui limite l’effet gaspillage.
Ouais… mais bon, si ça limite le gaspillage, est-ce que ça l’élimine vraiment ? Et est-ce indispensable ? Non.

*en 2021 le t-shirt avait été remplacé par un tour de cou de même valeur, pour des raisons de délais de livraison rallongés par le covid

Il est temps de changer nos habitudes, non ?

Les coureurs ayant le cerveau plutôt bien oxygéné, je n’imagine pas une seconde que tu ignores le merdier dans lequel on est tous. Je sais que tu sais ; tu sais qu’on sait. Bref, on le sait tous : ce changement climatique qui s’annonce (et qui a déjà commencé) est tout sauf drôle. La question n’est d’ailleurs plus de savoir si on va prendre cher, mais à quel point ça va piquer.
Je ne parle même pas de l’effondrement de la biodiversité, de la pollution des eaux et des sols, et autres joyeusetés de notre époque, parce que le but de cet article n’était quand même pas de te flinguer la journée.

Bref, on avance toutes et tous vers un gros gros problème…
alors soit on attend qu’un grand chef d’orchestre mondial change radicalement notre mode de vie méga-énergivore (ça devrait se passer vers la COP754), soit chacun de nous voit ce qu’il peut faire pour changer les choses à son niveau,.
Et nous, notre modeste niveau, c’est l’Ardèche Run. Alors c’est décidé, on arrête les t-shirts et autres goodies non indispensables.

Pourquoi le « t-shirt cadeau » pose problème ?

► D’un point de vue écologique : c’est pas si évident à comprendre quand tu enfiles un t-shirt mais la fabrication d’un vêtement, qui plus est à l’autre bout du monde, ça pose de gros problèmes environnementaux. Chaque étape de la création d’un vêtement (voir plus bas) est très gourmande en énergie et en eau, et génère d’importantes pollutions. Et comme tout ça se passe en Chine (ou Asie du Sud-Est), l’énergie utilisée provient en grande partie de centrales à charbon, la source d’énergie la plus dégueu, qui coche absolument toutes les cases des problèmes écologiques.

Les 11 étapes de la fabrication d’un t-shirt synthétique :

  1. Extraction du pétrole
  2. Raffinage du brut
  3. Vapocraquage (production de monomère)
  4. Polymérisation (transformation du monomère en polymère)
  5. Fabrication de polyester
  6. Filage du filament
  7. Assemblage multi-filament (pour former le fil)
  8. Teinture chimique
  9. Tissage (production du tissu)
  10. Fabrication du t-shirt
  11. Transport vers son lieu de distribution

Les 8 étapes de la fabrication d’un t-shirt en coton:

  1. Culture du coton
  2. Récolte et transport du coton
  3. Séparation
  4. Egrenage
  5. Cardage et filature
  6. Teinture chimique
  7. Fabrication du tissu
  8. Transport vers son lieu de distribution

Ajoute à cela l’obligation pour les organisateurs de commander plus de t-shirts que de participants attendus , pour être certain de pouvoir fournir tout le monde.

► D’un point de vue éthique : comme tu peux l’imaginer, quand ton t-shirt est « offert » avec ton dossard, c’est qu’il n’a coûté que quelques euros à l’organisateur. Alors même si notre notion de « prix juste » a été nettement altérée par une incessante prolifération de foires à la merdouille, tu te doutes bien qu’il est impossible de fabriquer un t-shirt à 3 ou 4 euros dans des conditions éthiques « acceptables ». Il est même impossible qu’à ce tarif là, le fabricant ait respecté la base de la base en matière de conditions de travail, de salaire, de pollution des sols et des eaux, etc…
Toi coureuse, toi coureur, nous organisateurs… qui partageons quand même quelques valeurs humanistes, est-ce qu’on peut cautionner ça ?
euh… « la question elle est vite répondue  » comme on dit dans un autre type de foire à la merdouille (mais c’est un autre sujet)

► Du point de vue du prix du dossard : j’ai l’impression qu’on est nombreux à râler contre l’inflation des prix de dossards. En même temps, à peine le dossard trop cher récupéré, on s’empresse d’ouvrir le sac de bienvenue pour découvrir le cadeau, comme un enfant de 6 ans au pied du sapin de noël.
Autrement dit : à 15h07 je me dis que 50 balles pour un semi, ça commence à piquer. Et à 15h14 je suis trop content de sortir du sac ce-shirt fluo dont je n’ai pas besoin (j’en ai déjà 15) ou ce sac à chaussures que je n’utiliserai que 2 fois avant de le perdre dans mon garage.
Je suis complètement con ou bien ? Non , c’est juste un biais cognitif qui me fait croire que j’ai un cadeau, alors qu’on m’a juste forcé à acheter un truc dont je n’ai pas besoin. Alors tant pis pour les biais cognitifs, l’Ardèche Run assume sa rationalité en supprimant ce faux cadeau et en baissant de fait le prix du dossard. Et l’idée que le dossard de l’Ardèche Run (20 balles !) soit accessible au plus grand nombre, on aime bien .

on a tous 20 t-shirts de courses dans notre placard

Et pourquoi pas un t-shirt de qualité fabriqué en Europe ?

En voilà une idée qu’elle est bonne comme idée !

Notre copain Charles, de Running Conseil (qui s’y connait en vêtements de qualité), s’est gentiment chargé de faire un petit tour des fournisseurs de t-shirt « made in France » et « made in Europe ».

La bonne nouvelle , c’est que c’est possible ! Il existe encore des sites de productions textiles en France, en Espagne, au Portugal, et ailleurs… qui fabriquent des vêtements de qualité, en respectant les normes sociales et environnementales.

L’autre nouvelle (ni bonne ni mauvaise) c’est que la qualité a un prix et qu’il est impossible de te fournir un t-shirt personnalisé made in Europe à moins de 25 euros.
Donc on avait deux solutions :
1- doubler le prix du dossard : j’ai comme l’impression qu’on se serait fait engueuler
2- proposer le t-shirt en option : j’ai comme l’impression qu’on en vendrait pas des milliers.

Tu excuseras sans doute notre goût pour la facilité mais on a choisi la troisième solution : plus de t-shirt

pollution

Et toujours pas de médaille finisher ?

Non. Y en a jamais eu et il n’y en aura jamais, pour deux raisons :
D’abord parce que ça aussi ça coûte un peu cher et que mécaniquement, ça augmente significativement le prix du dossard.
Et puis surtout parce que la fabrication de ces breloques, dont 99% vont finir au fond d’un tiroir ou d’un carton, c’est extrêmement gourmand en énergie.

Alors l’Ardèche Run conserve son modeste mais sympathique chapeau de paille Finisher. Certains diront que ça serait plus écologique de ne rien avoir et c’est pas faux. Peut-être qu’un jour on supprimera le cadeau finisher. Mais objectivement, ce chapeau de paille n’étant ni hors de prix ni une aberration écologique, on a décidé de le garder.

Et puis sur l’Ardèche Run, on t’offre aussi tes photos finishers. C’est quand même plus sympa qu’une médaille, non ?

Hey,  c’est pas l’Ardèche Run qui va sauver la planète !

Tu te dis peut-être en lisant cet article que cette décision est totalement insignifiante… D’une certaine manière, c’est vrai qu’à l’échelle de la planète, c’est un pet de mouche au milieu d’un ouragan. Mais j’y vois quand même quelques bénéfices :

  1. Je suis certain que ça peut inciter d’autres événements sportifs , plus ou moins gros, à prendre les mêmes décisions.
  2. Cette décision est aussi un message adressé à tous les participants, ni moralisateur ni culpabilisant, mais réaliste sur la pollution que représente l’industrie textile..
  3. L’excuse de la responsabilité partagée est précisément ce qui permet à chacun, y compris les plus gros pollueurs de la planète, de ne rien faire. Alors montrons l’exemple.
  4. En supprimant les goodies, on bouscule une tradition bien installée , on change un peu nos habitudes mais on garde l’essentiel : participer ensemble à un bel événement sportif et populaire. Et c’est une belle illustration de ce qu’on est sensés faire pour limiter la catastrophe climatique: modifier nos modes de vie en se passant de choses inutiles ou superflues, sans rien sacrifier de l’essentiel.

Bref, la décision est prise.
Elle entrainera son lot de réactions positives ou négatives. C’est normal.
Et comme on vit une époque un peu tendue, ou la nuance et la rationalité sont (un peu) malmenées, on aura peut-être même droit à quelques insultes d’un ou deux idiots qui verront dans ce petit changement un grand scandale… une autre forme de pollution à laquelle on doit s’habituer aussi.

Mais l’essentiel, c’est qu’on ait tous très envie de se retrouver le 25 septembre pour vivre ensemble un beau moment de sport, de convivialité…
En ce qui nous concerne, cette envie est immense, avec ou sans goodies.

Stéphane , président de l’Ardèche Run

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